Lu sur "le Bien Public" :

 

Article de Isabelle DECAUX, publié le jeudi 17 juillet 2008

une campagne de ramassage insuffisante en 2008
L'escargot va-t-il devenir un produit de luxe ?


Helix pomatia, Helix lucorum, Helix aspersa... Pour la deuxième année consécutive, une campagne de ramassage insuffisante n'a pas permis la reconstitution des stocks.
«Malgré des conditions climatiques plus favorables dans l'ensemble qu'en 2007, la récolte d'escargots de la saison 2008 s'avère à nouveau insuffisante pour couvrir l'ensemble des besoins, ce qui entraînera une hausse des prix pour le consommateur… », a annoncé dans un communiqué la FIAC (Fédération des industries d'aliments conservés), qui rassemble les préparateurs et conservateurs français d'escargots.
« La récolte est soumise aux aléas de la météo. Cela fait deux ans que la récolte n'est pas bonne », souligne France Aubriet, directrice générale de Bourgogne Escargots, une PME installée dans la zone industrielle Excellence 2000, rue Jean-Monnet à Chevigny-Saint-Sauveur.
« 2007 a été une année capricieuse et 2008 à peine meilleure… Il n'y a pas eu assez d'humidité au mois de mai, la chaleur a été assez forte, d'où un volume moindre sur le marché. »
« Tout ce qui a été récolté a été vendu. Depuis deux ans, il n'y a pas eu de reconstitution des stocks alors que d'ordinaire, il y avait toujours un peu de stock qui restait… L'ensemble de la profession est touchée. »
Désaffection pour le ramassage
Un deuxième critère - économique - est venu se greffer sur ce critère climatique. On observe, dans les pays de collecte, une désaffection croissante des populations locales pour le ramassage des escargots.
99 % de l'approvisionnement provient de la collecte d'escargots dans les pays d'Europe centrale et orientale où le ramassage suit des règles nationales fortement encadrées.
« Le développement rapide de l'économie de ces pays leur offre d'autres opportunités de revenus ; en outre, cette activité entre en concurrence avec la cueillette d'autres ressources naturelles (herbes aromatiques, champignons), plus rémunératrice », indique la Fiac.
« On travaille avec les pays émergents où le coût de la main-d'œuvre a augmenté », enchaîne France Aubriet.
« Il y a un troisième élément qui entre en ligne de compte : le taux de change. L'euro a perdu de la valeur par rapport aux monnaies d'Europe de l'Est. »
Mais « il faut relativiser. On retrouve actuellement les mêmes prix qu'il y a 5-6 ans. Il y avait eu une chute des prix à cette époque et, aujourd'hui, il y a un réajustement. Finalement, c'est un retour à la normale… »
Un avis partagé par Olivier Romanzini, p-dg de l'entreprise familiale Romanzini implantée à La Rivière-Drugeon près de Pontarlier dans le Haut-Doubs, entreprise qui a racheté la société Helix en 1998.
« Bonnes et moins bonnes années »
« Il ne faut pas dramatiser, ni alarmer la clientèle », clame-t-il. « Ce n'est pas la peine de faire de la sinistrose. Ce souci de ramassage ne date pas d'aujourd'hui. »
« Comme tous les produits de récolte, il y a de bonnes et de moins bonnes années… S'il y a moins de marchandises, on vend avec ce que l'on a... »
« Nous, on a fait une récolte à peu près normale. Helix ne manquera pas de marchandises cette année. La quantité est certes un peu inférieure, mais on aura assez d'escargots pour notre clientèle. »
Même constat du côté de Bourgogne Escargots où France Aubriet précise qu'« on ne s'en sort pas trop mal. Peu ou prou, on a réussi à avoir notre marchandise. Nous travaillons essentiellement l'escargot de Bourgogne (Helix pomatia) qui nous vient tout droit de Pologne et de Hongrie. »
L'entreprise Romanzini, quant à elle, se fournit en Helix pomatia (escargot de Bourgogne), Helix lucorum (escargot classique) et Helix aspersa (petit gris) essentiellement dans cinq à six pays européens : en République tchèque, en Pologne, en Hongrie, un peu en Roumanie…
« Il faut être vigilant »
Pour les années à venir, Olivier Romanzini n'est « ni inquiet ni serein à outrance ». Il estime qu'« il faut être vigilant. On espère que la récolte 2009 sera meilleure », conclut-il.
« Si ce n'est pas le cas, on s'adaptera. Et pourquoi pas aller vers de nouvelles sources d'approvisionnement, un peu plus loin en Europe, comme par exemple en Ukraine… »

Isabelle DECAUX

 

 

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